30.04.2009
La Suisse lutte contre les pirates somaliens
Depuis six mois, les pirates somaliens s’en sont pris à quelques dizaines de bateaux navigant au large de leurs côtes. Parfois, ils les capturent et ne les relâchent que contre rançon, au niveau de quelques millions. Ils se sont du reste expliqués devant la presse internationale : ils ne sont pas des pirates, mais des gardes-côtes. Puisque le pays a cessé d’être un Etat de droit - ou même un Etat tout court - et que les bateaux étrangers en profitent pour pêcher sans autorisation et rejeter leurs déchets dans les eaux territoriales de cet Etat sans substance, il faut bien que les pêcheurs se défendent et se rémunèrent par des méthodes ancestrales et éprouvées .
La Suisse observe une stricte neutralité dans ce conflit, où les marines française, britannique, chinoise, américaine interviennent au contraire afin de protéger les bateaux navigant sous leurs pavillons. Tout d’abord, il n’est pas question d’engager des miliciens. Ils ne sont pas entraînés pour ces missions et ils se feraient massacrer par les pirates. Mais la Suisse dispose d’une unité DRA 10, formée pour agir à l’étranger afin de protéger les citoyens suisses. Depuis six mois, le Conseil fédéral hésite à engager DRA 10 sur les bateaux menacés. Il désire assurer sa base juridique, car un soldat risque d’être tué. Le soldat suisse n’est pas fait pour cela. Le cas échéant, il peut se suicider à domicile avec son arme de service, mais il ne doit surtout pas risquer une balle somalienne. Aux touristes de courir ce danger qu’ils ont librement choisi.
Les pirates, qui naviguent sur Internet, sont au courant. Les bateaux suisses constituent donc des proies commodes. En effet, le Melody, un paquebot sous pavillon italien de la société genevoise MSC, a été attaqué par des pirates somaliens dans la nuit du 25 au 26 avril. Des gardiens israéliens ont rejeté les pirates en les arrosant avec des lances à incendie et en répliquant avec leurs armes de poing aux rafales de kalachnikov. Il n’y avait bien entendu pas de soldats suisses à bord. En revanche, il y avait cinquante touristes suisses. Heureusement ils dormaient. Avec un peu de malchance l’un d’entre eux aurait pu être insomniaque, se promener sur le pont et se faire tuer. Après cela, le DRA 10 aurait été engagé d’urgence pour protéger les bâtiments suisses, en se demandant d’ailleurs pourquoi on ne l’a pas fait plus tôt.
Pour l’instant, ce sont des mercenaires israéliens qui ont évité le pire. Le Melody continue à naviguer sous protection d’une frégate espagnole. Entretemps, l’armée suisse veille, l’arme au pied, pour protéger nos frontières, si elles étaient d’aventure violées par la France et l’Autriche. On n’est jamais trop prudent.
Cependant, avis charitable aux pirates somaliens qui nous lisent : au premier mort suisse, notre armée, « la meilleure au monde » selon le conseiller fédéral Ueli Maurer, entrera en action. Et ce sera la fin de la piraterie écrasée par notre marine militaire.
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17.04.2009
pour le débat d'idées sur le blog
Ma conception du blog est celle d'un lieu où l'on peut librement discuter des questions qui agitent la société, en avançant des arguments et en étant ouvert aux commentaires.
En revanche ce n'est pas le lieu de se livrer à l'approche people qui consiste à ne pas répondre à une note sur le sujet traité, mais à s'en prendre à son auteur que l'on disqualifie par des ttaques personnelles.
Exemple? J'ai inséréune note qui doutait de la capacité de Eugen Haltiner d'exercer sa fonction de président de la Finma avec impartialité, du fait de son appartenance antérieure à l'UBS. C'est une question permanente de savoir quelle peuvent être les relations entre les hauts fonctionnaires et les patrons du secteur privé.
J'ai reçu d'excellents commentaires. J'ai aussi dû en éliminer certains qui profitaient de l'occasion pour parler de tout autre chose et même de rien du tout, à savoir de ma personne.
Ainsi un Africain outragé m'a reproché d'être un affreux colonialiste, indigne de remettre en cause le fonctionnement de la Finma. En matière de colonialisme, j'ai effectivement passé six années à enseigner le calcul des circuits électriques aux étudiants ingénieurs de l'Université Lovanium à Kinshasa. Je suis naturellement prêt à confesser que ce fut une lourde erreur et que j'ai de la sorte violé la culture africaine, si cela peut faire plaisir à mon correspondant. Mais cela ne me disqualifie pas pour réfléchir aujourd'hui aux organes de contrôle de la finance suisse. J'ai de la peine à établir le rapport. J'espère que quelqu'un voudra bien m'éclairer sur cet aveuglement de ma part.
De même des Suisses d'origine certifiée me reprochent régulièrement d'être né Belge. Je confesseaussi que ce fut une lourde faute de mes parents. Les Belges ne devraient pas se reproduire ou, s'ils le font, être confinés dans leur territoire d'origine. Et même s'ils ont réussi, sans doute par la fraude, à se naturaliser Suisses, ils devraient garder un prudent silence, car à tout moment leur origine honteuse peut leur être rappelée pour les appeler à se taire. Tout le monde sait que les Belges d'origine sont stupides de naissance et qu'ils le demeurent. C'est par pitié qu'on leur accorde le passeport rouge à croix blanche. Cela ne leur donne pas pour autant le droit de réfléchir et de faire part de leurs minables réflexions.
Enfin, clou de mon cercueil, certains n'hésitent pas à me reprocher d'être catholique pratiquant, ce qui me rend définitivement suspect de stupidité et de méchanceté. Les fautes de Benoit XVI me sont imputées. A juste titre, car il ne prend pas la parole sans me soumettre au préalable ses textes. Mais cela ne m'empêche pas de réfléchir aussi au destin de Eugen Haltiner.
Plaisanterie à part, les idées valent ce qu'elles valent. Elles ne sont pas dépréciées par celui qui les émet. Surtout si celui-ci est jugé non pas en fonction de sa personne mais de son appartenance à un groupe. C'est un jugement des personnes par catégorie. C'est le véritable racisme.
Jacques Neirynck
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11.03.2009
l'exportation des ames de guerre
Ce lundi 9 mars le conseil national a discuté jusqu'à extinction de voix de l'exportation des armes de guerre qu'une motion prétend interdire. On a tout entendu et son contraire. Mais le principal argument fut économique. Cette exportation rapporte et ce n'est vraiment pas le moment de mettre en cause des places de travail. Combien? Cela est controversé. Mais peu importe. Car la question se pose sur un autre plan.
Lequel? Celui de la morale nationale. De la même façon, on a argumenté de la clause du besoin pour justifier des paysans sud-américains qui cultivent le pavot pour subsister, sans prendre en considération le fait que cela sert à fabriquer des drogues vendues bien cher dans des pays développés. Une conseillère nationale, dont je me garderai de mentionner l'affiliation, a aussi énoncé le principe selon lequel l'économie a priorité sur la morale en temps de crise. Il y a tout de même une différence. Un paysan colombien risque vraiment de mourir de faim. Un travailleur suisse risque de devoir abandonner sa voiture.
Tout cela est bel et bien sur le plan abstrait. Pratiquement cela signifie que la Suisse exporte des armes destinées à tuer des hommes vers des pays, comme le Pakistan, dont on ne sait ce qu'ils font de ces armes, peut-être vendues à quelques talibans qui tuent des soldats occidentaux, américains ou français. On le déplorera mais on continuera à vendre des armes. Comment cela est-il possible? Comment peut-on concevoir des armes de mort et les mettre en large circulation, au lieu de les confier uniquement aux professionnels policiers en charge du maintien de l'ordre. Tuer un homme est un acte grave auquel un gendarme peut être acculé. Ce n'est pas un acte justifié pour des raisons économiques.
10:41 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
01.03.2009
Lettre à Eugen Haltiner, président de la Finma
Si j’étais à votre place, je la quitterais le plus vite possible. Ne voyez-vous pas les nuages qui s’amoncellent sur votre tête ? N’avez-vous pas appris que les conseillers fédéraux, inamovibles selon la constitution, sont inexpugnables par le parlement et intouchables pour l’opinion publique? Le bouc émissaire est toujours désigné dans le rang subalterne. Vous serez tenu pour responsable politique de la violation du secret bancaire que vous avez autorisé l’UBS à perpétrer. Vous perdrez votre poste et, qui sait, serez peut-être même condamné par un tribunal, qui s’attacherait exceptionnellement à faire respecter les lois. Vous fûtes le premier rat à quitter le navire UBS dès 2006 pour prendre votre fonction actuelle. Quittez tant qu’il est temps la planche savonneuse qui vous sert de siège!
17:01 Publié dans Economie, Lettres, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
12.02.2009
Faut-il indexer les loyers et comment ?
Actuellement les loyers renchérissent quand le taux hypothécaire augmente et demeurent constants quand ce taux diminue : c’est un marché de dupe pour les locataires. Après de longues tractations, un accord semblait avoir été atteint entre les organisation des propriétaires et de locataires pour attacher les loyers à l’index des prix à la consommation. Comme en principe les salaires et les pensions suivent cette mesure du renchérissement ou même le dépassent en période longue, tout en subissant des retards à court terme, ce compromis semblait rationnel : les loyers sont stables à francs constants, les propriétaires perçoivent et les locataires versent un montant constant exprimé en pouvoir d’achat. S’il n’y a pas d’inflation, le montant des loyers ne varie pas. S’il y a inflation, le montant nominal augmente et le montant réel ne change pas.
Simple. Beaucoup trop simple.
12:08 Publié dans Economie, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
04.02.2009
Comment et pourquoi en essayant de réunir les catholiques, Benoit XVI les a divisés.
On s’en voudrait d’ajouter une seule pierre de plus à la lapidation médiatique du Vatican, suite à la réhabilitation des évêques excommuniés de la mouvance de Mgr Lefebvre, dite Fraternité Saint Pie X. Mais on s’en voudrait tout autant de rester silencieux, au point de paraître approuver ou d’excuser ce qui s’est passé et qui était inimaginable. En la matière, il n’y a pas de circonstances atténuantes. Il reste en revanche à expliquer le mécanisme pervers qui s’est déclenché.
16:31 Publié dans Culture, Monde, Religion, Société, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
18.01.2009
une privatisation illusoire
Quiconque s’est garé au parking du CHUV a découvert au retour une facture démesurée. Le tarif est le plus élevé de toute la ville, soit 4,5 CHF par heure. Bien entendu, on ne va pas au CHUV pour son plaisir, mais par nécessité, pour se faire soigner ou pour rendre visite à un malade. Dès lors sur le moment-même, on paie sans trop faire attention. Et puis, à la réflexion, on se dit que c’est odieux d’exploiter ceux qui viennent au CHUV dans des circonstances où ils n’ont pas le choix et où ils n’ont pas d’argent à gaspiller.
17:05 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05.01.2009
Les pirates somaliens défient l’armée suisse
Un juteux trafic s’est instauré au large des côtes somaliennes: les pêcheurs locaux, lassés de voir défiler au large les cargos chargés des richesses de l’Occident et de l’Orient sans aucun profit pour eux, en saisissent quelques-uns par la force et les rendent contre rançon. C’est de la piraterie au sens qu’avait ce mot, avant que les pirates soient éliminés voici deux siècles par les marines britanniques et françaises de l’époque. Cette piraterie, on la croyait devenue un objet de films à grand spectacle : elle revient soudain dans la réalité, comme si les marines nationales de notre époque ‘n’avaient plus les moyens dont elles firent si bon usage jadis.
En fait elles disposent de radars, d’hélicoptères, de missiles, de tout ce qu’il faut mais sans grand résultat. Premier mystère de caractère tout à fait général. Il peut être éclairci par un second mystère particulier.
15:53 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
21.08.2007
Une malheureuse polémiquesde sacristie
Mgr Koch, président de la Conférence des évêques suisses, a adressé une lettre ouverte au pasteur Thomas Wipf, président de la Fédération des Eglises protestantes. Cette lettre fait suite au texte par lequel le cardinal Levada adressait depuis le Vatican le message traditionnel de l’Eglise catholique : elle se veut la seule Eglise fondée par le Christ, les autres n’étant que des créations humaines.
Bien évidemment un tel textee a été mal reçu par les Eglises réformées auxquelles n’était plus consenti que le statut de communautés ecclésiales. Le message ne leur était du reste pas adressé. Il visait la dissidence intégriste catholique, héritière de Mgr Lefebvre, qu’il s’agit pour Rome de récupérer en adoptant une attitude accommodante à l’égard de ses thèses extrémistes.
14:20 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
02.07.2007
Le bilinguisme forcé
A cette question le Conseil national vient de répondre positivement. Il risque de la sorte de déclencher une guerre linguistique qui minera la Confédération. Il s’imagine que la loi peut contraindre les mœurs, alors qu’elle doit plutôt les entériner si elle veut être observée.
Soyons concret. Le problème n’est pas d’imposer théoriquement l’apprentissage d’une langue quelconque. Le problème, c’est d’arriver à apprendre pratiquement une langue étrangère. On se leurre en s’imaginant que la majorité des élèves suisses sont capables de maîtriser trois langues : français, allemand et anglais. On surestime à la fois leurs capacités intellectuelles, leurs motivations et les situations particulières des différentes régions de la Suisse.
Il faut tout d’abord admettre que certains élèves ne parviendront même pas à maîtriser leur langue maternelle. Par suite de leur milieu familial et social, de leur aptitude réduite ou de leur motivation faible, ils se limitent à un vocabulaire sommaire, une syntaxe boiteuse, une orthographe nulle et un accent local. Certains ne parviennent même ni à lire, ni à écrire, quelque effort d’encadrement pédagogique que l’on consente.
A partir des incapacités de la minorité incompressible d’illettrés, on peut décliner tous les intermédiaires jusqu’aux élèves les plus brillants qui parviennent effectivement à la fin du gymnase à s’exprimer correctement dans leur langue maternelle et dans deux langues étrangères. On constate souvent que ces jeunes privilégiés ont bénéficié de circonstances particulières et favorables : séjours linguistiques, parents de langues différentes, déplacement de la famille d’une région à une autre, scolarités successives dans deux langues.
En revanche, l’immense majorité des élèves, n’appartenant ni à la catégorie des handicapés, ni à celle des privilégiés, arrivent à une connaissance acceptable de leur langue maternelle et à des bribes de langues étrangères, qui s’effacent bien vite si les circonstances professionnelles n’imposent pas de les entretenir. Un élève moyen peut au mieux apprendre une langue étrangère de façon assez superficielle. L’école n’est du reste pas le bon endroit pour apprendre une langue, qui bénéficie au contraire d’une immersion totale lors d’un séjour linguistique.
La situation est encore compliquée par une double dissymétrie propre à la Suisse. Les Alémaniques sont obligés d’apprendre à lire et à écrire dans une langue, l’allemand, qu’ils ne parlent pas à la maison. Même si le dialecte n’est pas sans relation avec la langue de culture, on ne peut pas négliger cette difficulté initiale : les petits Alémaniques doivent apprendre dès le début une langue étrangère. Leur imposer ensuite le français et l’anglais relève de l’utopie. Seconde dissymétrie : le Romand est obligé d’apprendre l’allemand ou même le dialecte s’il veut progresser dans sa carrière professionnelle alors qu’il n’en est pas de même de l’Alémanique. La motivation du premier est différente de celle du second.
Mais il y a une motivation commune à tous les enfants : apprendre l’anglais. Car celui qui ne sait pas se débrouiller en anglais ne peut pratiquement pas voyager à l’étranger, lire le mode d’emploi d’appareils ou de logiciels, comprendre chansons ou des films. Celui qui ne sait pas l’anglais est vraiment un provincial, coupé de la culture dominante de la planète. S’il n’est pas doué pour les langues, s’il ne bénéficie pas d’un environnement familial, scolaire ou social particulièrement favorable, il n’a qu’une seule option : apprendre aussi bien que possible l’anglais et oublier le reste. Qu’il le veuille ou non, l’immersion dans la culture anglophone l’aidera puissamment.
S’imaginer que l’on va annuler cette réalité complexe par une loi relève d’un manque de réalisme total. Contraints d’apprendre une langue qu’ils ne souhaitent pas au détriment de celle qu’ils doivent apprendre de toute façon, les Alémaniques feront de la résistance passive. Ils n’apprendront pas plus le français qu’ils ne l’apprennent maintenant, c’est-à-dire très peu et très mal. S’imaginer en plus que l’on va de la sorte renforcer la cohésion nationale relève du délire. On va la détruire lentement mais sûrement. En imposant aux uns des obligations pour faire plaisir aux autres, on créera un ressentiment profond.
Apprendre vraiment une langue nécessite un engagement total de l’individu, pas seulement une obligation légale. Il faut y mettre du goût, de l’envie, même de la passion. Forcer cet engagement intime constitue une violation de la personnalité qui sera ressentie sourdement et qui entraînera des retombées politiques dont on n’a pas la moindre idée. Combien de peuples opprimés ont été soumis par l’occupant à l’abandon de leur langue nationale et ont résisté parfois pendant des siècles !11:27 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
24.05.2007
Les religions de l’Etat
Il reste des traces de cette osmose entre les pouvoirs politique et religieux. Elizabeth II demeure théoriquement chef de l’Eglise anglicane, Poutine veille curieusement à la réunification de l’orthodoxie russe et Mitterand a fait célébrer un office à Notre-Dame pour que sa statue de monarque républicain se conforme aux usages du Royaume. En Suisse, nous n’en sommes plus là. La Confédération a laissé sagement la religion aux bons soins des cantons. Il y a donc 26 régimes différents.
La Constituante du canton de Vaud a innové en reconnaissant le principe de l’utilité sociale de toutes les communautés religieuses. A rebours de la laïcité française qui ne reconnaît aucune confession en principe, sous prétexte qu’il s’agit d’une affaire strictement privée, Vaud offre la possibilité pour toute communauté de se faire reconnaître par les pouvoirs publics. Elle opère d’entrée de jeu cette reconnaissance pour l’Eglise évangélique réformée et l’Eglise catholique romaine, l’une et l’autre au bénéfice de leur importance numérique et de leur historicité.
C’est reconnaître que la religion est impliquée dans le lien social, qu’elle l’imprègne et réciproquement qu’elle en est influencée. Et c’est un renversement des perspectives. Au lieu de sacraliser le pouvoir par une Eglise d’Etat, c’est maintenant l’Etat qui authentifie plusieurs Eglises selon des critères juridiques : respect du droit existant, conformité à la Constitution, adhésion à la paix confessionnelle, observation de la démocratie, transparence financière. Une communauté respectant ces principes peut bénéficier de certains avantages financiers. En revanche si elle s’écarte de ces normes fixées par l’Etat, la reconnaissance peut être abrogée.
Cela veut dire en clair que l’Etat se sent dépositaire de valeurs propres à faire la distinction entre religions de bon aloi et sectes. L’exercice de ce discernement est aisé à l’égard de groupes qui violent manifestement les valeurs à la base de la société par le racisme, la xénophobie, l’intolérance religieuse, l’incitation au suicide, l’extorsion de fonds, l’apologie de la violence, la violation des bonnes mœurs. Mais il devient plus difficile si on s’arrête à d’autres valeurs, qui ont été et sont parfois encore violées par des Eglises bien établies, qui pratiquent la discrimination à l’égard des femmes ou la condamnation de l’homosexualité. Que dire des attitudes différentes de l’Etat et de certaines Eglises à l’égard de l’avortement ou de l’euthanasie ? Va-t-on retirer la reconnaissance à une Eglise qui condamne des pratiques admises par la loi ?
En un mot qui est dépositaire des valeurs ? L’Etat par définition ou bien les Eglises, chacune à leur façon ? En somme les valeurs du judéo-christianisme ont imprégné depuis si longtemps et si profondément notre société civile que celle-ci en vient à s’estimer dépositaire unique de celles-ci au point de pouvoir jauger les différentes communautés religieuses en fonction de leurs respect ou non de ces valeurs. On n’en serait pas arrivé là si les Eglises n’avaient pas failli à leur tâche en certaines circonstances critiques. Pendant des siècles, la plupart des Eglises chrétiennes se sont abandonnées à un antijudaïsme religieux qui a fini par conforter un antisémitisme politique, débouchant sur la catastrophe religieuse constituée par l’Holocauste massif des juifs par des chrétiens. Depuis lors, les Eglises ont été déconsidérées comme dépositaires infaillibles des valeurs de la chrétienté. Comment pourraient-elles reprendre leur fonction essentielle, sinon en revenant à l’observation sérieuse des préceptes du Christ ?
Jacques Neirynck
16:39 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
11.05.2007
La saga des Monts d’Arvel va-t-elle prendre fin?
Le tribunal fédéral a finalement tranché : l’exploitation des Carrières d’Arvel détériore gravement le paysage du Chablais sans que l’intérêt de la production de gravier ne le justifie.
La saga administrative et judiciaire a duré près de neuf ans avant que justice soit finalement rendue. Les Carrières doivent arrêter leur exploitation et remettre le site en état. On ne peut que féliciter la population locale de s’être ainsi battue pour obtenir enfin que le droit soit respecté. Car on ne peut aussi que blâmer le canton de Vaud d’avoir dans cette affaire fait preuve d’une complaisance suspecte à l’égard de cette exploitation industrielle. La collusion entre le géologue cantonal de l’époque et le bureau à l’origine des études d’impact a été dénoncée par la presse. Les conseillers d’Etat successifs en charge du dossier n’ont pas davantage arbitré le débat dans le sens du droit. Cette affaire après d’autres souligne à quel point la loi est une chose et son application une autre, abandonnée entre les mains d’une administration mal contrôlée par les élus de l’exécutif. Cette désolante constatation mène à une autre réflexion. L’enchevêtrement des institutions suisses atteint un tel niveau de complexité que la gestion saine du pays et de ses ressources naturelles en devient impossible. La Confédération devrait élaborer un plan sectoriel national pour l’approvisionnement en roches dures, mais elle tarde à le faire. Les cantons sont en charge de faire respecter le droit en la matière, mais ils ne le font pas.Sauf à être naïf, on peut parier que les Carrières d’Arvel feront tout ce qui est en leur pouvoir pour retarder ou affaiblir l’application de la décision du Tribunal fédéral. La saga n’est peut-être pas terminée. Pourquoi ? C’est très simple : ces Carrières appartiennent au groupe international Colas/Bouygues. Ce dernier est un expert dans les relations privilégiées avec le pouvoir politique français. Est-ce que ces mœurs d’Outre Jura vont se répandre ici ? Telle est la véritable interrogation.
Jacques Neirynck
15:38 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
02.04.2007
Le Conseil fédéral règne et ne gouverne pas
Nous avons donc reçu de Moritz Leuenberger deux messages contradictoires. Tout d’abord que la troisième voie Lausanne-Genève n’était plus une priorité de Rail 2000, c’est-à-dire qu’elle ne se ferait pas avant vingt ans. Ensuite que si les Romands sont vraiment désireux de construire cette voie, il leur appartient de la subsidier à partir des cantons.
Ce cafouillage illustre la nature des rapports de plus en plus flous entre les instances fédérales et cantonales, exécutives et législatives. Dans les faits, cette voie est indispensable parce que la liaison entre les deux villes lémaniques est la plus fréquentées de toutes les sections des CFF. C’est un fait. Ce n’est pas une revendication fondée sur un état d’âme. Dès lors il appartient à la Confédération, dont c’est une des tâches propres, de résoudre ce problème et non pas de se défausser sur les cantons dont ce n’est pas la tâche. Les Conseillers fédéraux ont de plus en plus tendance à considérer qu’ils règnent mais ne gouvernent pas, qu’ils ont un statut qui n’est pas celui de ministre. Ce serait plutôt celui de chef d’Etat à titre collégial, qui n’assume aucune responsabilité personnelle et ne propose aucun projet, sauf ce qui repose sur un consensus mou. Moritz Leuenberger est sans doute un des Conseillers fédéraux les plus intelligents et les plus éloquents, mais il a aussi élevé cette irresponsabilité au niveau d’une règle.
Dans un gouvernement au sens usuel du terme, le grounding de Swissair aurait entraîné la démission séance tenante du ministre responsable. On peut y ajouter le reste qui n’est pas peu de chose : deux accidents graves se sont produits au décollage et à l’atterrissage de Kloten par des avions Crossair le 10 janvier 2000 et le 24 novembre 2001, dus à des erreurs grossières de pilotage, c’est-à-dire au manque de contrôle de la formation des pilotes ; la collision aérienne d’Ueberlingen, imputable au contrôle aérien déficient effectué par Skyguide ; l’accident routier du Gothard. Bien entendu, Moritz Leuenberger n’est pas responsable personnellement de cette série de catastrophes. Pour trois raisons : le principe de concordance selon lequel le Conseil fédéral est élu pour refléter la composition du parlement et non pour appliquer un programme de gouvernement strictement inexistant : la collégialité qui fait que le Conseil est solidairement responsable des décisions qui ont été prises ou qui n’ont pas été prises : l’impossibilité d’émettre un vote de défiance de la part du parlement.
Le Royaume-Uni possède une souveraine sans pouvoirs et sans responsabilités appelée Elisabeth II et un gouvernement travailliste dirigé par Toni Blair. La Suisse possède sept souverains sans pouvoirs et sans responsabilités mais pas de gouvernement.
18:13 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
27.03.2007
Pourquoi le centre surgit-il soudain ?
Pourquoi le centre vient-il de réussir à Genève et pourquoi risque-t-il de réussir en France ? On avait l’habitude de poussées à droite ou à gauche, on découvre maintenant que le paysage politique a besoin de se recentrer. Que se passe-t-il ?
On pourrait expliquer la déroute de la gauche extrême, en France comme à Genève, par sa division et par la médiocre qualité de ses dirigeants. Les électeurs sont aussi lassés de vaines promesses qui ne se réalisent jamais. Mais on aurait pu attendre une riposte venant de l’extrême droite. Non seulement elle ne se produit pas, mais cet autre extrême de l’échiquier politique stagne. Les électeurs sont tout aussi sceptiques devant le populisme que devant la démagogie. La droite et la gauche classique se sont déconsidérés à force de s’aligner sur les extrêmes. Pourquoi ?
Les citoyens découvrent, petit à petit, que la gouvernance d’un pays ou la gestion d’une ville ne sont pas des opérations simples que l’on peut mener en fonction de slogans électoraux. La résolution de chaque problème politique s’avère de plus en plus complexe parce que la société se complique. Même dans un pays qui se veut farouchement indépendant comme la Suisse, ce qui se passe ailleurs interfère avec les décisions locales.
Il ne sert à rien de garantir un salaire minimum à 3500 CHF par une loi, si les emplois dépendent de décisions prises par des multinationales, toujours enclines à délocaliser. Il ne sert à rien de stigmatiser les requérants d’asile comme fauteurs de troubles, alors que l’insécurité des rues naît de l’incertitude du lendemain, qui taraude tous les esprits. Il n’est pas possible de baisser les impôts, si l’Etat est déjà surendetté. Il est illusoire de prélever des impôts supplémentaires sur les riches, dont la mobilité est la règle. Il est grotesque d’acheter des droits de polluer sur une bourse, alors que le bouleversement climatique affecte toute la planète et que la seule solution est de ne plus polluer du tout.
Quand il a essuyé ses premiers échecs au gouvernement de l’URSS, Lénine a soupiré : « Les faits sont têtus ! ». C’est la découverte de l’électeur de base aujourd’hui. Il faudra en tenir compte pour les prochaines élections et votations. Il faudra proposer d’autres programmes, élaborés comme si le plus important était la réalité et non une idéologie.
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